Le rapport Libault prend en compte les enjeux humains de l'accompagnement du Grand Âge

Le 28 mars 2019, Dominique Libault a remis à la ministre Agnès Buzyn son rapport issu de la concertation Grand âge et Autonomie. Cette nouvelle étape dans la feuille de route annoncée depuis mai 2018 vient ajouter une pierre majeure à l'édifice d'un accompagnement de nos aînés plus à l'écoute des besoins de chacun (ou pour reprendre les termes du rapport, capable de "reconstruire une politique de la longévité").

Nous ne pouvons que saluer le niveau d’ambition de ce rapport, dont les propositions répondent à des besoins précis !

  • Rester chez soi ou s'installer dans un nouveau lieu de vie
  • Permettre à ses proches d'être présents sans menacer leur équilibre de vie
  • Être accompagné par des professionnels de qualité qui vivent sereinement leur métier
  • Être aidé dans le financement de ce changement de vie

Autant d'axes qui doivent être pris en compte par la future loi pour que nous soyons capables de faire face au défi d'une population dont le nombre de personnes âgées en perte d'autonomie risque de doubler d'ici 2030.

175 propositions ont ainsi été faites pour répondre à la question du bien vieillir. Certaines d'entre elles font notamment directement écho à la vision que nous développons chez Alenvi depuis presque 3 ans, voire à deux reprises nous mentionnent explicitement.

Le rapport Libault confirme le constat d'Alenvi que la valorisation est un axe essentiel pour l'humanisation de l'accompagnement du Grand Âge

En introduction de ce rapport, les mots utilisés pour expliciter l'enjeu de société autour de ce projet de loi sont choisis et pesés.

"Un nouveau regard sur le grand âge est indispensable : inclusion et autonomie doivent être les maîtres mots. Aider nos parents à vivre debout, avec les autres, dans la dignité, ne doit pas être une préoccupation marginale mais être au coeur de notre pacte social car elle engage, non seulement le bien-être des personnes qui nous sont chères, mais la vision que nous avons de notre société, de l’égalité femme/homme, de notre vivre ensemble, de notre vie individuelle et collective." Introduction du Rapport Libault

Penser l'accompagnement de nos aînés nous renvoie donc à ce qui nous construit en tant que société et notre capacité à le retranscrire dans les faits. C'est une idée que nous portons car nous avons constaté que pour proposer un accompagnement humain et de qualité aux personnes âgées, il est nécessaire d'adopter un regard en cohérence avec cette volonté.

Le Rapport Libault soutient qu'il est nécessaire de développer des actions de qualité telles que celles portées par Alenvi

Ceci ne pourra être réalisé qu’en mettant la valorisation des métiers comme axe prioritaire de la stratégie nationale du grand âge. Rien ne sera possible sans que notre société reconnaisse mieux celles (la très grande majorité) et ceux dont l’activité professionnelle est d’accompagner et de prendre soin des personnes en perte d’autonomie. Introduction du Rapport Libault

Il est heureux de voir que le mot “valorisation” des métiers a occupé une place centrale au cours des auditions et travaux des différents groupes de travail. Ce terme apparaît à 50 reprises dans le rapport, et c’est une vrai victoire. Il est toutefois primordial de s’accorder sur la définition de ce mot. Selon le Larousse, “valorisation“ peut désigner aussi bien l’augmentation de la valeur d’un montant monétaire (en l'occurrence les salaires des professionnels du secteur), que l’action de donner plus de valeur à quelqu’un. C’est bien le deuxième sens qui doit primer. S’il faut bien sûr valoriser les rémunérations, l’argent ne fera pas tout et il est vital de donner plus de valeur aux professionnels du secteur.

Comment ? Par quelques actions simples que nous avons pu tester : créer un cadre de travail stable grâce à un CDI, favoriser les contrats à temps plein, rompre l’isolement des intervenants et leur permettre de se réunir régulièrement, donner le bon niveau d’autonomie à chacun selon le principe de subsidiarité, et former en continu, notamment sur la dimension humaine du métier.

Des idées reprises notamment par les Propositions 95, 97, 94 et 102:

  • Proposition 95 : Réformer la taxe sur les salaires afin de réduire le recours au temps partiel
  • Afin de réduire l’incitation au recours à des salariés à temps partiel ou à une rotation rapide des salariés sur un même poste de travail, il est proposé de réformer la taxe sur les salaires en instaurant un taux unique, quel que soit le niveau de rémunération. En compensation, il serait nécessaire d’augmenter l’abattement spécifique dont bénéficient aujourd’hui les associations.

  • Proposition 97 : Valoriser, pour les professionnels du domicile, les temps collectifs de coordination des interventions auprès de la personne et d’échanges de pratiques
  • Dans le cadre de la dotation forfaitaire allouée aux SAAD, qui concrétise un effort financier de la collectivité, il devrait être inscrit dans le CPOM un objectif de temps alloué à la coordination des interventions autour de la personne âgée. L’organisation de temps collectifs d’échanges de pratiques et de retours d’expérience pourrait également être rémunérée à travers le CPOM.

  • Proposition 94 : Sensibiliser les établissements et services aux bonnes pratiques d’accueil des professionnels débutants et développer des formations adaptées
  • Il s’agit d’accompagner les prises de postes pour éviter les situations trop dures, voire traumatisantes, au moment de l’entrée en fonction, en particulier à domicile, de rompre avec les pratiques actuelles de déni des difficultés de l’entrée dans la mission. Il est proposé de sensibiliser les structures à l’impact de l’accueil dans le métier et favoriser le développement du tutorat pour les nouveaux arrivants. Il est également proposé de mobiliser le nouvel OPCO pour développer des formations continues à destination des cadres sur les techniques d’accueil des professionnels, ainsi que des formations d’adaptation à l’emploi pour accompagner les prises de fonctions.

  • Proposition 102 : Innover dans les méthodes et les pratiques de formation des métiers de l’âge afin de renforcer les compétences de compréhension et d’empathie
  • Il est proposé d’inscrire dans les cursus d’études des infirmiers, aides-soignants, accompagnants éducatifs et sociaux, assistants de service social, la réalisation d’expériences de recueil de la satisfaction des personnes lors d’entretiens qualitatifs avec les personnes accompagnées. Les modalités pédagogiques offertes en formation initiale ou continue doivent permettre aux étudiants ou aux apprenants de débattre des difficultés éthiques de l’accompagnement et du soin (échanges entre pairs dans des dispositifs de formation en situation de travail, serious games ou classes virtuelles, théâtre, théâtre forum).

Il est extrêmement enthousiasmant d'imaginer un projet de loi capable d'enraciner dès l'automne 2019 l'ensemble de ces propositions dans notre législation. Si ce texte est l'outil idéal pour conférer un cadre législatif favorable à ces évolutions, c'est néanmoins à l'ensemble des acteurs concernés qu'il revient d'agir dès maintenant.

Valorisation des métiers du grand âge : n’attendons pas la loi !

A la lecture du rapport, il est également frappant de constater qu’une grande partie des préconisations n’ont pas besoin d’une loi pour être réalisables. En l’occurrence, nous avons déjà beaucoup attendu pour valoriser nos métiers. Nous pouvons le faire dès maintenant. Nous n’avons pas besoin d’une loi pour bien considérer nos salariés !

La proposition 91 du rapport doit par exemple être comprise comme un appel à l’action :

Le Rapport Libault soutient qu'il est nécessaire de modéliser et diffuser les enseignement tirés des innovations organisationnelles du secteur telle que celle portée par Alenvi

Cette recommandation doit permettre d’accentuer des dynamiques déjà à l’oeuvre sur le terrain : plusieurs structures d’aides à domicile et de soins infirmiers dans toute la France sont organisées en équipes autonomes. Leur objectif : opérer un changement de regard sur nos métiers et reconnaître enfin la responsabilité inhérente qu’ont ces professionnels quand ils accompagnent des personnes vulnérables. Les externalités positives de ce modèles sont significatives sur les problématiques que rencontre la majorité des 6000 services d’aide à domicile : baisse de l'absentéisme, augmentation de l'engagement des professionnels, hausse de la satisfaction des bénéficiaires.

En avril 2017, le Président de la République disait : “on n'humanisera pas l'accompagnement des personnes âgées qu'avec des milliards en plus, il s'agit aussi de créer les conditions de la valorisation des centaines de milliers de personnes qui travaillent dans ce secteur, en reconnaissant la spécificité de leur métier d'entraide, centré sur l'humain.”

Alors agissons tous ensemble, dès aujourd’hui !

Soutenir Alenvi