Accepter de se faire aider par un professionnel est une chance pour les personnes âgées et leurs proches aidants

Avoir un proche âgé en perte d’autonomie qui nécessite un accompagnement est une étape complexe. Comprendre son propre ressenti face à la dépendance de la personne âgée dont on est proche est essentiel pour s’adapter à cette nouvelle situation. Nous avons interrogé Audrey Vettes, psychologue clinicienne spécialisée en psychogériatrie à l’Accueil de jour Les Balkans (20ème arrondissement de Paris), pour nous éclairer sur ce point.

Un accompagnement par un professionnel pour comprendre les personnes âgées et soulager les aidants familiaux

"Le centre d’accueil de jour s’adresse aux personnes âgées souffrant de troubles cognitifs ainsi qu’à leur famille. Il accueille les personnes à la journée afin de freiner l’évolution des symptômes des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou autres troubles apparentés, d’offrir un répit ou un soutien à leurs proches aidants, de permettre une transition ou une alternative à l’entrée en institution.

Nous proposons des activités afin de favoriser l’autonomie dans les actes de la vie quotidienne et stimuler les capacités cognitives, psychomotrices et expressives encore présentes. Par exemple, nous proposons des ateliers mémoire, du chant, de la pâtisserie, du jardinage, des arts plastiques etc. Plus tôt nous accompagnons une personne malade (à condition qu’elle soit consentante et prête à être aidée) plus il est facile de créer des habitudes, un lien de confiance et un rituel rassurant. La dépendance renvoie à la perte de certaines compétences et parfois à la perte de ce que l’on a pu être. C’est une étape de la vie qui peut être douloureuse car pour la surmonter, il s’agit dans un premier temps de faire le deuil de ce que l’on ne pourra plus faire comme avant. Le refus d’aide peut être à ce moment-là une défense pour ne pas affronter cette nouvelle réalité. Ce refus peut également être une conséquence de l’anosognosie (non reconnaissance de ses troubles) chez des patients atteints de syndrome démentiel. Cette période, plus ou moins longue, est souvent difficile à gérer pour les aidants familiaux ou les professionnels puisque la personne âgée considère alors qu’elle n’a pas besoin d’aide.

«Plus tôt nous accompagnons une personne malade, plus il est facile de créer un lien de confiance et un rituel rassurant.»

Face à cette situation, une stratégie en générale efficace est de se tourner vers un tiers de confiance. À l’accueil de jour, nous suggérons souvent le médecin traitant qui bénéfécie généralement de la confiance des personnes âgées. Une même recommandation est souvent mieux acceptée si elle vient d’un professionnel, et particulièrement un médecin, plutôt que par un proche. Un psychologue peut aussi aider à désamorcer le refus d’aide lorsque cela devient problématique.

S’entourer de professionnels de santé, de structures adaptées pour aider au quotidien ou encore de plateformes de répit est également utile pour accompagner son proche âgé. Afin que la personne s’habitue progressivement, cela peut commencer par de petites aides, comme par exemple une aide-ménagère d’une heure toutes les semaines.

Les professionnels sont un relai pour l'accompagnement des personnes âgées et de leurs proches aidants

Les proches aidants peuvent avoir l’impression d’abandonner leur proche lorsqu’ils se tournent vers des solutions d’accompagnement professionnel.

Alors certains assument l’aide quotidienne jusqu’à épuisement. Or, la situation peut devenir très compliquée si l’aidant principal craque avant que nous n’ayons pu mettre en place des aides pour la personne âgée en souffrance.

Nous comprenons cette culpabilité et notre rôle est de les aider à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Ce n’est pas parce qu’ils acceptent de se faire aider qu’ils renoncent à leur proche âgé. Au contraire, c’est en se faisant aider qu’ils se donnent la possibilité de continuer à vivre ensemble."

«Ce n’est pas parce que les aidants familiaux acceptent de se faire aider qu’ils renoncent à leur proche. Au contraire, c’est en se faisant aider qu’ils se donnent la possibilité de continuer à vivre ensemble.»


Cet article est à retrouver dans le magazine Alenvi.

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