Quelle éthique pour l'accompagnement des personnes âgées ?

Auxiliaires de vie, nous sommes tous passionnés par notre métier, par le fait de créer un lien de confiance avec les personnes âgées, nouer des relations professionnelles certes mais empreintes de compréhension de l'autre, d'empathie.

À chaque instant de notre relation nous souhaitons “bien agir”, faire ce qu'il y a de mieux pour la personne accompagnée, respecter ses choix, lui permettre d’exercer sa liberté. Cela passe par prendre des décisions qui ne sont pas toujours aisées. Il est donc important de prendre régulièrement du recul par rapport à notre quotidien. C’est dans ce cadre que nous avons participé à l'université d'été de l'Espace Éthique les 11 et 12 septembre à Lyon. Les multiples interventions nous ont encouragés à nous poser les bonnes questions autour de nos pratiques. Deux d’entre elles nous ont particulièrement touchés.

La reconnaissance par l’autre est indispensable pour tout être humain.

La première, celle du philosophe Paul-Loup Weil-Dubuc qui nous a éclairés sur le thème de la reconnaissance : “La reconnaissance par l’autre est indispensable pour tout être humain”. Il est donc primordial, lorsqu’on accompagne une personne âgée, de la considérer et de lui porter une attention particulière. Car certaines attitudes vont à l’encontre de cette reconnaissance : le déni tout d’abord, consiste à ne pas ouvrir les yeux sur la maladie qui dès lors ne fait plus partie de l’identité de la personne. Cela pourrait s’assimiler à du mépris. La stigmatisation, ensuite, survient quand la personne est réduite à sa maladie, c’est-à-dire qu’à chaque fois qu’elle dit ou fait quelque chose, on le rapporte à sa maladie. La finesse consiste donc à donner de la visibilité et de l’invisibilité, c’est-à-dire reconnaître la personne comme malade mais radicalement singulière car elle reste une personne avant tout !
Une conséquence du manque de reconnaissance est l’oubli : certaines personnes ne disent plus “je”. “Pour échapper aux regards, la personne préfère disparaître, passer sous les radars, abandonner le combat, déserter sa propre identité”. Pour l’aider à ne pas s’oublier, nous devons reconnaître une dignité intrinsèque et renforcer l’identité passée pour combler les manques du présent.

Reconnaître une personne, ce n’est pas uniquement l’identifier, c’est créer les conditions pour que cette personne agisse sur le monde et qu’elle puisse continuer à avoir un impact. Si nous ne faisons tout cela, notre mission risque de se réduire à un acte impersonnel.

La fin de l’histoire n’est pas écrite, elle est à écrire.

La seconde intervention marquante est celle du médecin philosophe Pierre Corbaz, qui nous aide à aborder le maintien à domicile de façon éthique. Il nous rappelle que “maintenir” signifie littéralement tenir la main, cette expression est riche de sens. Pour lui, tenir c’est accepter que la normalisation n’est pas un but, que “la fin de l’histoire n’est pas écrite, elle est à écrire”. En construisant une relation basée sur l’échange, cela va susciter de la reconnaissance chez la personne accompagnée. Et une personne reconnaissante va souvent beaucoup mieux que les autres !
Nous vivons dans un monde de généralités : la morale, la loi, la science établissent des dogmes et des règles collectives, immuables. A l’inverse, l’éthique c’est repenser les schémas mentaux, c’est se concentrer sur une situation particulière et se poser la question “qu’est-ce que je ferais si…“. C’est compliqué car il n’y a pas de réponse simple, nous sommes dans la culture du “faire et ne pas faire”. Exemples, “prenez du temps avec vos patients mais n’en faîtes pas trop”, “aidez-le à se laver mais ne le forcez pas”. Prendre du recul, échanger avec des collègues, prendre la décision en conscience (“vais-je pouvoir me regarder dans la glace ce soir en rentrant du travail ?”) nous aident à réaliser les choix les plus éthiques et donc les meilleurs pour la personne accompagnée.