Entretien avec le Docteur Frédéric Bloch, gériatre

Pour accompagner au mieux les personnes âgées, il est important de bien comprendre le rôle de tous les intervenants susceptibles de les accompagner. C'est dans cet esprit que nous avons rencontré le Docteur Frédéric Bloch, Praticien Hospitalier, Responsable de l'Equipe d'Intervention Gériatrique Hôpitaux Universitaires Paris-Centre (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Il nous éclaire sur le rôle du gériatre, et la manière dont il peut aider les personnes âgées et leurs familles à prendre les meilleures décisions pour leur santé.

A quoi sert un gériatre ? Toutes les personnes âgées doivent-elles en consulter un ?

Un gériatre est un médecin de recours, au même titre qu’un autre spécialiste. Nous soignons les symptômes liés à l’âge, notamment les troubles cognitifs et neurologiques, les troubles moteurs, les problèmes de chute. C’est en général le médecin traitant qui décèle chez le patient des fragilités gériatriques ( troubles de la mémoire, ralentissement etc..) et l’aiguille vers nous. Nous ne nous substituons bien sûr pas au médecin traitant qui reste l’interlocuteur pour la médecine du quotidien et le chef d’orchestre de l’ensemble du personnel médical qui doit intervenir auprès du patient. Les familles peuvent également jouer un rôle d’alerte. Mais attention, certaines personnes âgées n’ont pas de symptômes gériatriques. Cela n’est pas automatique en fonction de l’âge.
Docteur Frédéric Bloch

Beaucoup de personnes âgées attendent d’avoir des symptômes lourds avant de consulter un gériatre. Comment l’expliquer ?

Toutes les personnes âgées ne relèvent pas d’une prise en charge pas un gériatre. C’est la présence d’une une plusieurs fragilités qui devra faire penser à cette orientation.
Cependant il arrive que les personnes qui bénéficieraient le plus d’une consultation en gériatrie aient du mal à accepter l’idée que leur état de santé relève d’une telle prise en charge. Cela peut être accentué par des troubles cognitifs qui empêchent la prise de conscience.

Quels que soient son état de santé et son âge, une personne reste responsable des décisions concernant sa santé.

Comment peut-on aider une personne âgée à prendre les bonnes décisions pour sa santé ?

Quels que soient son état de santé et son âge, une personne reste responsable des décisions concernant sa santé ainsi que des informations que lui communiquent ses médecins et qui relèvent du secret médical. Les proches n’ont pas le pouvoir d’interférer ou d’aller contre ses décisions. Il est important qu’ils le gardent à l’esprit. En tant que médecins, nous sommes très attentifs à ce point. Des dispositifs prévoient toutefois un accompagnement pour les personnes qui ne sont plus aptes à prendre leurs décisions seules. Une personne de confiance peut être désignée par le patient pour l’assister dans ses démarches médicales et rendre compte de ses volontés s’il ne peut plus être consulté. Cette personne de confiance peut être prévue via une directive anticipée (un document signé du patient et accessible par le corps médical). Cette démarche facilite bien sûr les choses et nous devrions tous y penser, que nous soyons âgés ou pas.
Une protection juridique (curatelle ou tutelle) permet également un accompagnement par un proche pour les décisions, mais dans le respect du secret médical. Dans ce cadre, le tuteur ou curateur peut être informé par le médecin mais le libre-arbitre de la personne soigné sera également respecté au maximum.

Quel rôle jouez-vous dans la mise en place d’une aide à domicile pour les personnes âgées dépendantes ?

Nous indiquons au patient et à ses proches si nous jugeons une aide nécessaire pour telle ou telle tâche. Quand cela se justifie, nous prescrivons également des soins infirmiers, qui peuvent couvrir des soins, des toilettes, de l’aide à la prise de médicaments, la surveillance des constantes.
Pour évaluer le besoin d’aide à domicile, hors soins infirmiers, nous conseillons aux patients de faire une demande d’Allocation Personnalisée d’Autonomie. Un évaluateur professionnel estimera le nombre d’heures d’accompagnement nécessaires. Cette information est utile car le nombre d’heures nécessaires est souvent différent du nombre d’heures financées au final par l’APA qui peut, lui, parfois être insuffisant au regard du besoin de la personne. Cela permet d’avoir l’avis d’un professionnel, compétent pour prévoir suffisamment d’aide et compléter si besoin. Cependant, il ne faut pas non plus en prévoir trop afin d’éviter d’accroître la perte d’autonomie en infantilisant la personne. Si le degré de dépendance évolue, il est bien sûr possible de demander une nouvelle évaluation.

On ne devient pas automatiquement le parent de ses parents!

Comment faire lorsqu’une personne âgée refuse la mise en place d’une aide à domicile qui paraît pourtant nécessaire ?

Il est très important de distinguer les cas. Des troubles cognitifs peuvent entraîner une anosognosie, qui se caractérise par le fait que le patient n’a pas conscience de ses troubles, et donc de son besoin d’aide. Le refus peut également être dû à une opposition, qui peut être un symptôme d’une dépression ou d’un autre tableau psychiatrique (délire de persécution par exemple). Enfin il peut être la simple expression du libre arbitre de la personne. Le gériatre pourra identifier les deux premiers cas et y apporter une réponse thérapeutique, qui pourra être accompagnée d’un dispositif comme ceux décrits ci-dessus (personne de confiance, protection juridique etc…). Si l’on se situe dans le cadre d’une décision éclairée, la famille devra respecter le choix de la personne. Il est parfois très compliqué pour les enfants de faire la part des choses. Il doivent s’appuyer sur les avis médicaux et ne pas chercher à placer le curseur eux-mêmes. On ne devient pas automatiquement le parent de ses parents!

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