La leçon de vie d'une auxiliaire de vie

Stagiaire depuis peu chez Alenvi, je découvre le métier d’auxiliaire de vie pour personnes âgées dépendantes qui m’était jusqu’alors inconnu. Après des réunions, discussions et rencontres avec les auxiliaires d’envie, je saisis leur passion, mais également les contraintes d’un métier difficile.

Cela me semble évident que les auxiliaires de vie doivent être passionnées par leur métier pour accompagner des personnes âgées dépendantes. En effet, accompagnant parfois des personnes très difficiles, l’auxiliaire d’envie doit être munie de patience, et l’envie d’aider la personne âgée est primordiale. Malheureusement, nous ne possédons pas tous cette fibre relationnelle incroyable, et j’ai beaucoup de respect pour les auxiliaires d’envie.

Dorothée fait partie de ces auxiliaires passionnées par leur métier. Elle est diplômée d’art-thérapie et on peut lire dans ses yeux une véritable passion et envie d’aider autrui. Elle est ouverte et n’a pas la langue dans sa poche : Dorothée a toujours une anecdote à partager ainsi que le sourire. J’ai grâce à elle mieux compris le milieu de l’accompagnement des personnes âgées dépendantes, et j’ai découvert avec stupeur que, pourtant indispensable à l’heure d’une société vieillissante, le métier d’auxiliaire de vie est extrêmement dévalorisé dans notre société.

Nous nous sommes donc dit qu’il fallait agir. La société doit réaliser que le métier d’auxiliaire est indispensable et est une affaire d’humain. Les auxiliaires d’envie possèdent un savoir-faire mais également des qualités humaines et relationnelles nécessaires à l’épanouissement de personnes âgées parfois atteintes de troubles cognitifs. Nous avons pensé que les auxiliaires de vie du net seraient nos premières alliées : nous avons donc publié une vidéo coup de gueule, sans penser que des centaines d’auxiliaires se sentiraient si concernées.

Pourtant indispensable à l’heure d’une société vieillissante, le métier d’auxiliaire de vie est dévalorisé dans notre société.

Je me rends ainsi chez Dorothée, avec pour seul matériel mon ordinateur. Pas besoin d’établir un texte : Dorothée le connait, car elle sait parler avec son cœur et sa spontanéité. Nous avons simplement allumé l’ordinateur et Dorothée s’est exprimée quelques minutes, de manière très spontanée.

La vidéo s’ouvre avec un constat clair : Dorothée est passionnée par son métier, qui nécessite une réelle empathie. Le cœur de la profession est centré sur l’humain et le contact relationnel noué avec les bénéficiaires. « Il n’y a pas une journée ou je me dis pas que c’est pas chouette ce que je fais ! », insiste-t-elle.

Seulement voilà : pourtant indispensables, les auxiliaires de vie ne sont pas reconnues à leur juste valeur dans la société. La formation d’auxiliaire de vie étant peu connue, « on nous prend pour des femmes de ménage, on considère que la toilette c’est facile, que tout le monde peut le faire […] Mais en fait, c’est un réel savoir-faire ». Ajoutons à cela des remarques malvenues niant l’importance du métier et le dévalorisant : « Souvent on me demande : ‘pourquoi vous n’avez pas fait infirmière ?’ ou ‘vous avez votre bac ?’ ». A croire que plus le nombre d’années d’étude est important, plus l’on devient humain et patient. Ces remarques méprisantes m’énervent particulièrement, et je suis heureuse que Dorothée en parle sans langue de bois. Nous vivons dans une société qui hiérarchise sans cesse les formations : une infirmière serait meilleure qu’une aide-soignante, elle-même meilleure qu’une auxiliaire de vie. On en oublie le plus important : l’aspect relationnel et humain. Quelle personne âgée dépendante prête attention au nombre d’années d’étude quand les gestes techniques sont maîtrisés et les aspects relationnel et psychologique placés au cœur de l’accompagnement ?

« Il n’y a pas une journée ou je me dis pas que c’est pas chouette ce que je fais ! »

Dorothée insiste alors sur le fait que son métier est un choix, choisi par passion, et qui, au même titre que les autres aidants, est indispensable pour l’accompagnement des personnes vulnérables à leur domicile. Dorothée rappelle par ailleurs que chaque année, de plus en plus de personnes sont atteintes de maladies neurologiques ou dégénérescentes comme Alzheimer : les auxiliaires de vie jouent ainsi un rôle important dans la stimulation cognitive et les interactions sociales de personnes atteintes de troubles cognitifs, dépression ou solitude.

Les auxiliaires de vie sont également une aide supplémentaire en maison de retraites ou hôpitaux, travaillant en tandem avec les aidants médicaux : « On a besoin d’eux [les aides-soignants] autant qu’ils ont besoin de nous ». Dorothée conclut : « En bref, on est tout autant un soignant que les autres. »

On en oublie le plus important : l’aspect relationnel et humain.

Nous sommes très satisfaites de cet essai qui nous paraît réussi. Les coachs le sont de même, nous la publions donc sur la page Facebook d’Alenvi. Le soir même, notre vidéo a été vue des milliers de fois et des centaines de fois partagée. De nombreuses auxiliaires de vie, quels que soient leur âge ou leur lieu d’habitation, se sont reconnues dans les propos de Dorothée et ont été touchées. Elles remercient Dorothée de porter les valeurs de leur métier en contribuant ainsi à sa valorisation et en redonnant un certain pouvoir à un milieu professionnel trop souvent oublié.

remerciements

remerciements

Il est également important de noter que certaines aides-soignantes ont exprimé leur mécontentement, se sentant non représentées, leur formation étant à leur sens plus poussée. Cela illustre avec véhémence ce sentiment constant de ne pas être visibles ni valorisées, ainsi que l’immuable hiérarchisation dans les esprits de formations qui, en termes relationnels et psychologiques, ne diffèrent pas vraiment sur le terrain.

aides-soignantes

Finalement, ce stage chez Alenvi m’aura davantage apporté que de simples connaissances. Premièrement, c’est une leçon intéressante de management, d’organisation et philosophie d’entreprise. C’est également la preuve qu’une entreprise peut avoir un impact social : à la manière de Buurtzorg aux Pays-Bas, Alenvi repense le cadre classique de l’entreprise et revalorise à sa manière un métier indispensable et qui par ailleurs, crée chaque année le plus d’emplois en France.

C’est en apprenant chaque jour à comprendre les auxiliaires et leur quotidien que nous contribuons à revaloriser leur métier.

Plus important encore, j’ai eu l’occasion de rencontrer de belles personnes, et j’ai découvert un milieu socio-professionnel qui m’était jusqu’alors inconnu. Je connais désormais les joies d’un métier parfois oublié et peu valorisé. J’espère à l’avenir que d’autres entreprises se développeront sur ce modèle et cette volonté de changer la vision du métier ; mais plus profondément, je suis convaincue qu’il est indispensable d’échanger et de comprendre individuellement le quotidien des aidants. En effet, s’il est important que des mesures plus globales soient prises afin de repenser au mieux le métier, il est également possible à petite échelle de changer les choses. C’est en apprenant chaque jour à comprendre les auxiliaires et leur quotidien que nous contribuerons à revaloriser leur métier.

Car un jour ou l’autre, nous serons confrontés à la vieillesse ou la dépendance, que ce soit personnellement ou par l’intermédiaire de proches : il ne faut pas attendre ce moment pour réaliser que les auxiliaires rendent la vie de milliers de personnes plus légère et contribuent au bonheur de nos parents, grands-parents.


Lucile Delaigue

Lucile Delaigue

Etudiante en école de commerce, stagiaire chez Alenvi entre avril et août 2017.